Par Corentin Barsacq

Une exposition organisée le 11 novembre à Belin-Béliet a rendu hommage au Corps forestier canadien, ces soldats venus exploiter la forêt landaise pendant la Première Guerre mondiale.
Ce mardi 11 novembre, la salle des fêtes de Béliet a accueilli une exposition singulière, organisée en marge des commémorations de l’Armistice. Un hommage rendu aux soldats du Corps forestier canadien, ces hommes venus d’outre-Atlantique pour exploiter la forêt des Landes de Gascogne durant la Première Guerre mondiale.
À l’initiative du projet muséal du Val de l’Eyre soutenue par la communauté de communes, et de l’association Les Faiseurs de sciure, cette exposition a attiré un public nombreux. L’objectif : faire connaître l’histoire de ces 30 000 soldats canadiens déployés entre 1917 et 1919 dans le Sud-Ouest, à proximité du vaste massif forestier landais. Créé en 1916, le Corps forestier canadien avait pour mission de fournir du bois, denrée devenue vitale pour les tranchées, les voies ferrées ou encore la fabrication des cercueils destinés aux soldats tombés au front.
Un camp de base dans la forêt de Béliet
Parmi ces hommes, plusieurs furent installés à Béliet, dans le quartier de Cès, où un camp de base avait été aménagé. L’historien David Devigne, ancien gendarme et fondateur des Faiseurs de sciure, œuvre depuis plusieurs années à préserver la mémoire de ces soldats-bûcherons.

Devant une cinquantaine de participants, il a rappelé leur histoire lors d’une conférence émouvante, en s’appuyant notamment sur les récits d’Eliette Dupouy, poétesse et conteuse locale : « Son père emmenait des pains de glace à Cès », raconte-t-il, évoquant la vie quotidienne autour du camp canadien.
Ces hommes, surnommés les faiseurs de sciure, ont affronté des conditions de vie particulièrement rudes. Quarante-cinq d’entre eux perdirent la vie dans la région, victimes de la grippe espagnole ou d’accidents. À Belin-Béliet, l’un de ces soldats, membre de la 59e compagnie, mourut tragiquement lorsqu’il percuta un cheval à moto.
« Ces soldats canadiens n’étaient pas nés avec un casque sur la tête. Ils étaient avant tout des hommes, et des oubliés de la Grande Guerre », confie David Devigne, qui a mené un long travail de recherche entre la France et le Canada pour faire la lumière sur leur engagement.

On sait aujourd'hui qu'il fallait cinq minutes à deux bûcherons pour faire tomber un pin âgé entre 30 et 50 ans. En plus de leur main d'oeuvre, les soldats canadiens ont apporté une véritable expertise dans la forêt des Landes, mettant sur pied des scieries mobiles, ou bien des installations plus grandes comme à Marcheprime.
Des projets pour entretenir la mémoire
L’historien girondin ne compte pas s’arrêter là. Auteur d’un premier ouvrage publié en 2020 sur le Corps forestier canadien, il a également co-signé avec Carole Tison une bande dessinée retraçant le parcours d’Ernest Pinet, un soldat canadien engagé à seulement 17 ans, passé par le camp de Cès et décédé deux ans plus tard de la grippe espagnole. Ces publications constituent à la fois des témoignages précieux et une source de financement pour les futurs projets de l’association.
David Devigne nourrit désormais un rêve muséal, celui de créer un lieu dédié à ces hommes venus abattre les pins de la forêt landaise au service de la guerre. À Belin-Béliet, une plaque commémorative viendra prochainement compléter cet hommage, afin que le souvenir des faiseurs de sciure ne soit plus jamais relégué à l’ombre des pins.
