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Val de l’Eyre : Peggy Taylor, une espionne née à Salles impliquée dans les préparatifs du Débarquement

Par Corentin Barsacq

Née rue du Castera à Salles, "Peggy" Taylor a fait preuve d'un engagement exceptionnel durant la Seconde Guerre mondiale./Photo CBC News.
Née rue du Castera à Salles, "Peggy" Taylor a fait preuve d'un engagement exceptionnel durant la Seconde Guerre mondiale./Photo CBC News.

Native de Salles, Peggy Taylor a rejoint la Résistance à l’aube de ses vingt ans. De l’assassinat d’un colonel allemand à un rôle important dans les préparatifs du Débarquement, retour sur le parcours exceptionnel d’une enfant du Val de l’Eyre. 

 

Au soir de sa vie, le témoignage relaté par Peggy Taylor avait trouvé un large écho au Canada, pays dans lequel la native de Salles avait émigré après-guerre pour se rapprocher de sa famille. Margareth Gertrude Taylor, dit « Peggy » était né le 5 décembre 1920, rue du Castéra, à Salles. Elle était l’aînée de cette famille, fruit de l’union entre l’officier de cavalerie britannique Herbert Taylor, et Anne-Marie Le Coq. George, son petit frère, sera lui aussi un héros de guerre. La municipalité de Salles lui a d’ailleurs rendu hommage le 8 mai dernier en donnant son nom à l’esplanade de la mairie. Deux autres enfants, Patricia et Anthony, complètent cette famille à l’engagement chevillée au corps. 

 

Lorsque l’Allemagne nazie menaçait l’Europe, toute la famille, hormis Anne-Marie Le Coq, embarque pour l’Angleterre afin de rejoindre la France libre. La mère de famille est quant à elle internée dans les camps de concentration nazis. 

 

Jamais sans son rouge à lèvres… et son revolver

 

Tout comme Georges et Patricia, Peggy rejoint la Résistance à partir de novembre 1942 et se porte volontaire pour être espionne en territoire occupé. Peggy Taylor est une belle femme, n’a pas froid aux yeux et demeure prête à user de ses charmes pour obtenir de précieuses informations auprès des Allemands. Parachutée à plusieurs reprises en France, elle se rapproche d’un colonel SS et gagne sa confiance avant de le liquider. Elle racontera plus tard, au média CBC News : « Je l’ai vu sortir de sa maison et traverser la rue pour aller à sa voiture. Il me demanda si l’on devait toujours se retrouver pour dîner ensemble. J’ai sorti mon arme de mon sac à main. Bang. Il est tombé au sol et je suis partie. » 

L’espionne ne sortait jamais sans son rouge à lèvres, son revolver ainsi que son Chanel n°5. Par sa coquetterie, la franco-britannique trompait l’ennemi sans mal et parvenait à transmettre des renseignements d’importance aux hommes de Churchill et de Gaulle. Dans les villes côtières, Peggy Taylor avait pour mission de quantifier la présence allemande. Ainsi, au cours des semaines qui précéderont le Débarquement de Normandie, et dont on célèbre aujourd’hui le 80e anniversaire, l’infiltré des Alliés aura pour mission de se faire passer pour une prostituée saluant les soldats allemands présents sur les plages de la côte. De cette manière, elle pouvait connaître l’étendue de la défense allemande présente sur la partie nord du Mur de l’Atlantique. 

 

À la fin de la guerre et pour l’ensemble de ses actions, Peggy Taylor a reçu la Croix de Guerre ainsi que la médaille de la Résistance française. Les archives disponibles en ligne laissent également apparaître l’engagement, dans la résistance, de sa sœur Patricia. En 1955, Peggy Taylor émigre à Ottawa, au Canada, et intègre le gouvernement fédéral en tant que sténographe. Au moment de son décès, le 8 juin 2006, plusieurs articles de presse publiés outre-Atlantique ont mis en lumière l’histoire de cette femme longtemps restée discrète sur ses activités durant la guerre. Son nom fait désormais partie de l’Histoire.