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Val de l’Eyre : ces témoignages autour de la présence ancienne des loups dans nos forêts

Par Corentin Barsacq

Un loup avait été tué à Saint-Magne en 1815./Illustration Illustration, Journal et choses de la Grande Lande, Félix Arnaudin
Un loup avait été tué à Saint-Magne en 1815./Illustration Illustration, Journal et choses de la Grande Lande, Félix Arnaudin

Jusqu’au début du XXe siècle, le loup a été exterminé en France avant de réapparaître au début des années 90. Bien avant cela, dans le Val de l’Eyre, c’est toute la population locale qui se ruait dans les forêts pour traquer la bête.

 

« Le loup est dans la bergerie ». Au début du XIXe siècle, dans plusieurs communes des Landes de Gascogne, on ne rigole pas avec l’adage. Le loup est bel et bien dans les forêts du territoire et sa présence ne passe pas inaperçu. À cette époque, l’Homme se méfie toujours de ce canidé à qui l’on prête aisément des intentions sanguinaires. Le permis de tuer est alors vivement encouragé par l’État alors même que dans le massif forestier des Landes de Gascogne, les troupeaux inoffensifs de brebis constituent un festin de marque pour la mystérieuse bête redoutée.

 

En 1815, à Saint-Magne, un loup est détecté par un garde champêtre répondant au nom de Talibé Léontine. Un événement mis en lumière par l'association des Amis du musée Lapios, qui avait consacré une exposition sur le thème de la forêt en septembre 2023. Ainsi, le récit des faits est rapporté par le maire de la commune Louis Lamey, qui en fait écho dans une lettre adressé au sous-préfet d'Arcachon : « Le garde-champêtre s’était saisi de son fusil et transporté de suite dans ce quartier (le passage du Gat Mort), où il avait suivi la trace d’un gros loup. Au bout de trois heures de chasse, il avait enfin réussi à le tuer de deux coups de fusil » relatait l’élu.

 

Un loup âgé d’environ sept ans

 

Louis Lamey s’était déplacé sur place pour constater, de ses propres yeux, que la bête abattue par le garde-champêtre était bel et bien un loup « Nous y avons trouvé un loup mort de plusieurs coups de feu, que nous avons reconnu être un mâle, âgé d’environ sept ans, déjà anciennement blessé par les traces de plomb qu’il avait sur différentes parties de son corps ».

Dans ce même courrier, le maire de Saint-Magne demandait l’organisation d’une battue aux méthodes qui feraient aujourd’hui débat : « Il s’agirait de jeter les loups dans le Gat-Mort et de les faire fusiller par les chasseurs postés sur la rive de Cabanac, Hostens et de Villagrains » préconisait notamment le maire.

 

Les chercheurs émérites du musée Lapios ont ensuite retrouvé la trace de plusieurs battues organisées en 1816. Une première à Illac, le 12 mai, puis une autre le 4 juin, cette fois-ci dans la lande de Sanguinet, au lieu-dit Saulouze, où tous les habitants de Belin sont notamment réquisitionnés. Bis repetita le 31 janvier 1819 : « Le lieu central pour former le cercle est assigné sur la lande entre Belin, le chapeau Saint-Magne et Haureuils ». Les instructions sont claires : ceux qui possèdent un fusil doivent le porter chargé « avec de gros plombs et non des balles ni lingos pour éviter les accidents imprévus ». Et pour les habitants qui n’ont pas d’armes, fourches et tout autre instrument tranchant sont de sortie.

 

Jusqu’à 10 000 chasseurs mobilisés sur une seule journée

 

En mars 1820, une nouvelle chasse au loup est organisée à Belin, dans le quartier de Camontès. « Tout individu depuis vingt ans jusqu’à soixante doit faire ce service extraordinaire attendu que c’est l’intérêt général de tous » peut-on aussi lire sur la note. Pour compléter les trouvailles de l’association belinétoise, l’anthropologue landais Bernard Traimond décrit, dans son œuvre « La mise à jour, introduction à l’ethnopragmatique », une gigantesque battue qui s’est tenue bien des années plus tard, autour de 1855.

 

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Le chercheur s'appuie sur un manuscrit émanant de l’illustre Félix Arnaudin qui décrivait une chasse au loup décidée par les préfets de la Gironde et des Landes : « Un matin d’hiver, la lande pacifique vit s’ébranler une armée de huit ou dix mille chasseurs « égrenés sur un immense cercle ». « Salles, Beliet, Belin, Biganon, Le Muret, Liposthey, Ychoux, Parentis, Biscarosse, Sanguinet, Cazaux, La Teste, Le Teich et je ne sais combien d’illustres lieux avaient équipé chacun leur bataillon sans compter les volontaires de bien d’autres villages patriotiques comme Pissos, Biganos, Labouheyre » et 2 000 chiens. Bilan de la journée : un seul loup tué.

 

Malgré ce maigre butin d’un jour, l’extermination du loup se poursuivra jusqu’au début des années 1900. Si depuis, l’animal est de retour en Nouvelle-Aquitaine notamment dans le Béarn et en Dordogne, sa présence près du Val de l'Eyre est pour l’heure reléguée à de l’histoire ancienne. Jusqu’à quand ? Les prochaines décennies le diront.