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Crue de la Leyre : « On a échappé à la catastrophe » après un débit multiplié par dix en douze jours

Par Corentin Barsacq

Au pont de Mesplet à Belin-Béliet, la Leyre déborde sur les environs./Photo Le Belinétois
Au pont de Mesplet à Belin-Béliet, la Leyre déborde sur les environs./Photo Le Belinétois

Les passages successifs des tempêtes Ciaran et Domingos ont apporté des cumuls de pluie impressionnants dans la vallée de l’Eyre. Pour Laurent Degrave, « on a échappé à la catastrophe ».

 

Les relevés de l’échelle Vigigicrue se suffisent à eux-mêmes pour comprendre une partie du caractère spectaculaire de cette crue de la Leyre. En l’espace de seulement douze jours, le niveau du fleuve côtier a augmenté de 2,50 m pour un débit multiplié par dix sur cette même période. Ce mardi 7 novembre, la crue avait visiblement atteint sa première phase plateau en stagnant à 3,35 mètres à Salles, tandis que le débit a grimpé jusqu’à 67,8 m3/s : « Les intempéries annoncées en fin de semaine pourront faire évoluer ces chiffres, mais globalement, les débordements sont déjà visibles au pont de Mesplet, à Salles ou encore à Mios » explique le technicien rivière au Parc naturel régional des Landes de Gascogne Laurent Degrave.

 

Dans les archives du gardien de la Leyre, une telle augmentation soudaine du niveau de la Leyre remonte à la période octobre – novembre 2000 : « Et encore, le débit au départ de la crue en 2000 était bien supérieur à ce qu’il était lors de la crue que nous connaissons aujourd’hui ».

 

Une configuration différente de la crue de 2020 mais…

 

Autrement dit, depuis le début des mesures du niveau d’eau en 1967, cette crue présente un caractère inédit, qu’il est tout de même nécessaire de tempérer : « Nous ne sommes pas sur un événement similaire à la crue centennale de 2020 ou la crue de 2021. En revanche, nous ne sommes que début novembre. Il faut être très vigilant sur les futurs cumuls de pluie. Si les nappes avaient été à un niveau normal, les dégâts seraient bien plus nombreux. On a échappé à la catastrophe » insiste Laurent Degrave.

Dans son bulletin d’information toujours bien fourni et diffusé sur les réseaux sociaux, l’agent du Parc décrit l’évolution du phénomène : « Le transfert des eaux vers l'aval est continu avec du ruissellement déjà visible sur la zone incendiée. Le pic de crue du fleuve ne pourra être atteint que 48 à 72h après les dernières pluies. Ce qui n'est pas pour tout de suite et ce qui me fait dire aussi que lors des dix prochains jours, le débit du fleuve pourra largement dépasser les 100m3/s au pont de Salles, car les prévisions météo à cette échéance font état d'un nouveau cumul possible de 100 mm ... 

 

Le niveau des nappes scruté de près

 

Reste maintenant à surveiller le niveau de la nappe phréatique :  « Sa remontée est extrêmement rapide. Les piézomètres positionnés sur le territoire affichent un niveau actuellement très haut (niveau atteint une fois tous les dix ans) et même inédit pour un mois de novembre comme sur Belin-Béliet. Entre 1m et 1,50 m de remontée du niveau de la nappe phréatique depuis le 20 octobre. Et si notre sous-sol est sableux, donc infiltrant, il est aussi guidé par des couches d'alios qui contraignent l'infiltration notamment lors de phénomènes de pluies durables. Le secteur incendié est déjà lui dans une situation préoccupante avec, en plus, énormément de stagnation d'eau en surface et de ruissellement compte tenu de l'absence de systèmes racinaires qui transfèrent efficacement l'eau vers le sous-sol. »