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Belin-Béliet : résistant, élu, chasseur puis chevalier de la Légion d’honneur, c’était Jean Seinlary

Par Corentin Barsacq

Jean Seinlary, en 2015, lors de la remise de sa Légion d'honneur à Bordeaux./Crédit photo J-M.S
Jean Seinlary, en 2015, lors de la remise de sa Légion d'honneur à Bordeaux./Crédit photo J-M.S

Ancien élu local puis régional, Jean Seinlary avait été résistant à Béliet durant sa jeunesse. Plus tard président de la Fédération de chasse de la Gironde, il a longuement défendu les chasses traditionnelles, le menant notamment à une discussion houleuse avec l'actrice Sophie Marceau dans le Médoc. Chevalier de la Légion d'honneur en 2015, il s'est éteint le 31 août dernier à l’âge de 98 ans.

 

« S’il n’a jamais été maire de Belin-Béliet, c’est qu’il n’a jamais voulu se présenter ». Telle est l’une des phrases qui aura accompagné la carrière politique de Jean Seinlary, élu notable de la région sans même avoir siégé sur le premier fauteuil de la municipalité. Il n’en demeure pas moins que son parcours est presque connu de tous les natifs du cru. Forte tête, esprit obstiné lorsqu’il s’agissait de mener des combats justes à son sens, Jean Seinlary a marqué de son empreinte l’histoire politique de Belin-Béliet. Né le 11 mai 1925, dans une famille vivant d’une briqueterie à Béliet, le Beliétois n’a que quatorze ans lorsque la guerre revient une nouvelle fois frapper le pays. « Sous l’occupation allemande, il a été un résistant de la première heure malgré son très jeune âge » note Suzanne de Sigoyer, ami de longue date du défunt.

 

« Un résistant de la première heure »

 

Acteur de la résistance au sein du groupe Béliet, Jean Seinlary n’en sera pas pour autant un témoin très bavard. Le jeune soldat obéit à la loi du silence sur toutes les actions menées durant la guerre : « Mon père n’aimait pas parler de cette période. Il en parlait peu. On suppose qu’il posait des bombes sur les rails, qu’il cachait des armes » explique son fils Jean-Michel. Quoi qu’il en soit, son passé de résistant a été suffisamment documenté pour être reconnu. Le 23 avril 2015, à l’occasion du 70e anniversaire des débarquements et de la Libération, il est nommé au grade de chevalier de la Légion d’honneur. Fervent gaulliste dans sa jeunesse, il s’engage très tôt en politique aux côtés du docteur Pierre Mano en étant élu à Béliet, puis désigné adjoint au maire. Une fonction qu’il exercera durant plusieurs mandats, notamment avec Alain Peronneau, premier maire de Belin-Béliet.

 

Jean Seinlary fut en effet un fervent partisan de la fusion, et ce, malgré les nombreuses bagarres opposant la jeunesse des deux villages : « Les deux populations étaient proches mais se jalousaient. Quand j’étais à l’école primaire, le jeudi, on se retrouvait de chaque côté de la ligne de chemin de fer et on rejouait la guerre des boutons en se tapant dessus. Les adultes avaient aussi leurs conflits. Un Beliétois ne venait pas chasser sur les terres belinoises et vice-versa » expliquera-t-il à ce sujet, dans un bulletin municipal. Membre du Conseil municipal de l’unification, il prolonge son investissement pour la commune lors de la mandature de Jean Ambach. Côté vie professionnelle, après avoir consacré ses premières années d’activité à la production de peinture industrielle, il a également été le dirigeant de l’entreprise RTM, une fonderie de plomb qui a cessé son activité en 1983.

 

Un des fondateurs du parti Chasse, pêche, nature et traditions

 

Dans les mille vies de l’élu belinétois, la chasse occupe certainement une place prépondérante. Passionné dès l’enfance, il est élu président de la Fédération de chasse de la Gironde à partir de 1988. Jusqu’à son retrait de la vie publique en 1997, Jean Seinlary a incarné la politisation progressive de la chasse avec l’Europe (et les gouvernements successifs…) en guise d’adversaire. Au moment où l'Union européenne rappelle qu’une directive interdit la chasse à la tourterelle alors même qu’elle reste pratiquée, notamment en Gironde, le chasseur de Béliet sait se faire entendre, et provoque notamment des remous au sein même des défenseurs de la chasse. Avec André Goustat, Jean Saint-Josse et Pierre Fuziès, Jean Seinlary complète le quatuor fondateur du parti politique « Chasse, pêche, nature et traditions (aujourd’hui baptisé « Le Mouvement de la ruralité ») en 1989.

 

La politisation de la chasse n’est alors pas du goût des instances qui régissent la pratique. Un clivage entre chasseurs existe même, notamment entre « Parisiens » et « ruraux ». En 1990, Jean Seinlary officialise le divorce entre la fédération de chasse girondine (qui est alors la plus importante en termes de permis de chasse) et l’Union nationale des chasseurs. L’Union nationale est accusée de ne pas assez défendre les chasseurs du Médoc, pointés du doigt par les partisans de l’interdiction de la chasse à la tourterelle.

Le face à face dans le Médoc entre Allain Bougrain-Dubourg, Sophie Marceau et Jean Seinlary./Photo archives "Sud Ouest"
Le face à face dans le Médoc entre Allain Bougrain-Dubourg, Sophie Marceau et Jean Seinlary./Photo archives "Sud Ouest"

Le point d’orgue de ce conflit intervient en mai 1991, lorsque le véhicule transportant l’actrice Sophie Marceau, mais aussi Anémone et le président de la Ligue de protection des oiseaux Allain Bougrain-Dubourg dans le Médoc est accueilli par une pluie d’œufs de la part des chasseurs. Plus de 300 gendarmes et CRS sont déployés afin d’éviter un affrontement entre « pro » et « anti » chasse. La photographie de Jean Seinlary, jouant les médiateurs et tentant de convaincre Allain Bougrain-Dubourg et Sophie Marceau de faire demi-tour fait alors la Une de nombreux journaux de l’époque.

 

Sur le volet politique, Jean Seinlary connait une nouvelle élection. Trois ans après la fondation du parti CPNT, et malgré un premier échec en 1989 aux élections européennes, les chasseurs parviennent à faire élire 29 conseillers régionaux lors des élections régionales de 1992. Jean Seinlary devient alors vice-président du Conseil régional d’Aquitaine jusqu’en 1998. Retiré dans sa ville natale, encore en bonne forme au soir de sa vie, le Belinétois gardait un œil attentif à l’actualité locale.

 

De son union avec Lydie Seinlary, deux enfants naîtront : Alain et Jean-Michel. Lors du conseil municipal du 31 août dernier, les élus de Belin-Béliet ont observé une minute de silence en sa mémoire tandis que la Fédération départementale de la chasse a salué « un grand défenseur de la chasse ». Les obsèques de Jean Seinlary ont eu lieu le jeudi 7 septembre.