· 

Mort d’un chien au lac d’Hostens : une présence significative de cyanobactéries selon un laboratoire indépendant

Par Corentin Barsacq

Tsoka, lors d'une baignade à Hostens quelques semaines avant son décès./Photo M.G.
Tsoka, lors d'une baignade à Hostens quelques semaines avant son décès./Photo M.G.

Suite au décès suspect de son Border-Collie après une baignade au lac d’Hostens, Mélissa Mourgues de Rosa a commandé une analyse de l’eau de baignade auprès du laboratoire indépendant Aqua-Gestion. Ce dernier relève une quantité « significative d’une cyanobactérie benthique neurotoxique ». L’ARS et le Département de la Gironde comptent de nouveau tester les eaux ce jeudi 31 août.

 

« Mon chien n’est pas mort pour rien ». Au fil des jours, et depuis ce funeste 17 août où elle a assisté, impuissante, au décès de son chien Tsoka, âgé de 9 mois, Mélissa Mourgues de Rosa se le répète sans cesse. Elle, qui avait tout de suite incriminé les eaux de baignade du lac d’Hostens suite aux symptômes présentés par Tsoka avant sa mort, a voulu que la lumière soit faite sur cette mort brutale. Surtout, six jours après les faits, un autre Border-Collie âgé de 11 mois était victime d’une intoxication semblable, mais avait pu être sauvé suite à une prise en charge rapide.

 

Pour elle, aucun doute ne subsistait : « La vétérinaire du Barp m’a parlé d’une intoxication foudroyante avec suspicion de cyano. Même si les taux évoqués dans l’analyse peuvent n’avoir aucun impact pour l’homme et pour d’autres chiens, il faut que les gens sachent que cela peut être dangereux » expliquait-elle dans nos colonnes le 25 août dernier.

L’analyse en question n’est autre que celle menée par le Département de la Gironde en lien avec l’Agence Régionale de Santé de Nouvelle-Aquitaine et le Laboratoire départemental d’analyse et de recherche. Avisées du décès de Tsoka, les équipes du domaine départemental ont réalisé plusieurs analyses, les 19 et 21 août derniers afin de relever de potentielles traces de cyanobactéries, de microscopiques organismes qui se développent en eaux douces, notamment stagnantes. Les cyanobactéries peuvent, en outre libérer des toxines dont certaines peuvent s’avérer dangereuses pour l’Homme ou certaines espèces.

 

« Une présence significative d’une cyanobactérie benthique neurotoxique »

 

Dans une communication relayée sur son site Internet, le Département de la Gironde avait indiqué que les dernières analyses réalisées confirmaient que la baignade ne présentait « pas de risque pour les humains et que le taux de cyanobactéries, toxines, escherichia coli ou entérocoques sont très inférieurs aux seuils d'alerte. Aucun incident n'a été signalé sur les humains. » À ce moment-là, les analyses montraient en effet une présence de 0,051 et 0,09 mm3 par litre d’eau de cyanobactéries potentiellement toxiques.

 

Remettant en doute ces analyses, Mélissa Mourgues de Rosa s’est alors rapprochée du laboratoire indépendant Aqua-Gestion, particulièrement rompu à l’exercice des cyanobactéries. C’est à ce laboratoire que l’on doit la découverte de cyanobactéries dans une jalle à Blanquefort, où trois chiens avaient trouvé subitement la mort après une baignade en juillet dernier. Basé en Haute-Vienne et reconnu par le ministère de la Santé, Aqua-Gestion a fait part de ses résultats à Mélissa Mourgues, qui a scrupuleusement suivi le protocole de prélèvement des eaux effectué le 21 août.

 

Deux échantillons ont été analysés. Le premier est dit « planctonique » et laisse apparaître un taux de cyanobactéries toxinogènes semblable à l’analyse fournie par l’ARS (inférieur à 1 mm3 par litre d’eau). Mais le second échantillon, dit « benthique » a été réalisé dans le fond des eaux de la deuxième plage, là ou Tsoka s’est baigné pour la dernière fois. Un test qui n’a jusque-là pas été réalisé par l’ARS. « Il révèle un fort développement de cyanobactéries benthiques toxinogènes (…) pour un biovolume estimé à 40 mm3 par litre. Soit 40 fois le seuil déclenchant la recherche de cyanotoxines » explique Philippe Combrouze, ingénieur au sein du laboratoire Aqua-Gestion, dans sa réponse formulée à Mélissa Mourgues de Rosa.

 

Des taux « préoccupants en termes de santé humaine »

 

Pour Philippe Combrouze, la mort de Tsoka est donc liée à cette neurotoxine : « Ce constat conduit inexorablement à prendre très au sérieux la piste d’une intoxication par une neurotoxine produite par ces cyanobactéries, directement ingérées avec l’eau bue par votre animal » peut-on lire dans le courrier adressé à la maîtresse du Border-Collie décédé.

Le laboratoire a également signalé cette situation à l’ARS qu’il juge « préoccupante en termes de santé humaine ».

 

Contacté par nos soins, le Département de la Gironde confirme ne pas avoir mené d’analyses benthiques. « Nous ne sommes pas aller gratter au fond du lac. Cette analyse n’était a priori pas nécessaire pour l’eau de baignade. Nous avons pris connaissance du courrier du laboratoire Aqua-Gestion. Nous allons donc mener une quadruple analyse à Hostens. »

  

Le Département a en effet missionné le Laboratoire départemental d’analyse et de recherche et le laboratoire Aqua-Gestion de réaliser des prélèvements planctoniques et benthiques ce jeudi 31 août afin de comparer les résultats. Pour l’heure, la baignade demeure ouverte sur le domaine départemental d’Hostens mais le département rappelle « que la plage est interdite aux chiens. La grande sensibilité des chiens aux cyanobactéries invite les vétérinaires à déconseiller la baignade l'été pour éviter tout risque. »