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Lugos : depuis plus de dix ans, le photographe Florian Lalièvre immortalise le brame du cerf

Par Corentin Barsacq

Florian Lalièvre se camoufle dans la nature pour parvenir à capturer un instant magique./Photos Florian Lalièvre.
Florian Lalièvre se camoufle dans la nature pour parvenir à capturer un instant magique./Photos Florian Lalièvre.

Depuis plusieurs semaines, Florian Lalièvre sillonne la forêt des Landes de Gascogne avec un but précis : immortaliser le brame du cerf. Une quête en apparence facile, qui requiert tout de même une connaissance accrue de l’animal afin de ne pas le gêner dans sa période de rut. 

 

L’instant est unique. Devant l’objectif de Florian Lalièvre se dresse la majestueuse silhouette d’un cerf. Son rugissement vient interrompre la quiétude des pinèdes. L’animal est le maître des lieux, Florian est un spectateur privilégié. Le temps est suspendu mais le photographe amateur règle son outil de travail et capture de multiples clichés. Depuis dix ans, cet habitant de Lugos se rend en forêt lorsqu’arrive la période du brame du cerf. Une passion transmise par son père : « J’ai écouté mon premier brame en 2011. Aujourd’hui j’ai 24 ans, et cela fait plus de dix ans que je m’y rends » explique le Lugosien chevronné, qui travaille dans l’ornithologie sur le bassin d’Arcachon. Accent gascon bien prononcé, amoureux de la nature, Florian Lalièvre est un gars d’ici et apprécie une vie proche de la nature, y compris quand cette dernière fait des caprices. 

 

Son travail avait suscité un fort engouement lors de la crue centennale de la Leyre en 2020, ou encore lors d’un incendie à Lugos au cours de la même année. À l’époque déjà, il jurait que la photographie resterait une passion. Une appétence dans laquelle son premier amour reste le cerf. 

Une photographie fascinante du photographe lugosien./Photo Florian Lalièvre.
Une photographie fascinante du photographe lugosien./Photo Florian Lalièvre.

À partir de mi-septembre et jusqu’au début du mois d’octobre, les cerfs entrent dans leur période de rut. C’est à ce moment-là qu’ils sortent de leur cachette pour pousser des rugissements en quête de femelles, mais aussi pour impressionner leurs adversaires, en l’occurrence les autres mâles. 

 

Une science exacte en fonction des vents

 

On pourrait croire à un hasard du calendrier si les congés de Florian Lalièvre tombaient en plein milieu de cette période-là. Mais c’est bien là une première preuve de l’engouement du jeune homme pour le brame : « J’ai pris 15 jours de vacances pour ça. J’attends le brame chaque année. Durant 15 jours, je ne vois personne. Je rentre chez moi juste pour manger et dormir » s’amuse-t-il. Chaque jour, le même quotidien s’impose. Mais avant de prendre la route à travers la Gironde et les Landes, le Lugosien étudie différents facteurs : « Avant toute chose, il est important de connaître son environnement, de connaître l’endroit où l’on va. Ensuite, je regarde la météo et le sens du vent. » 

 

Cette dernière donnée est d’ailleurs primordiale : « Un cerf peut sentir l’odeur de l’homme dans un rayon de 200 mètres. Il faut savoir dans quel sens souffle le vent pour ne pas se faire repérer. » Car la discrétion est de rigueur : « C’est important de ne pas déranger le cerf durant cette période. On ne va pas voir le brame sans se soucier du dérangement que l’on peut occasionner. » 

La quête du bon angle anime Florian Lalièvre./Photo FL
La quête du bon angle anime Florian Lalièvre./Photo FL

Que ce soit quelques heures avant le lever du jour où en fin de journée et jusqu’à la tombée de la nuit, Florian Lalièvre se fond dans la nature à l’aide d’une tenue de camouflage sur lui, tandis que son appareil photo est dissimulé sous une couche végétale « C’est quelque chose que j’adore, aussi bien pour voir les cerfs que pour la quête. Souvent, c’est plus de frustration que de satisfaction. Il m’arrive de rater une photo, de ne pas trouver un angle intéressant. » Mais qu’importe, le Lugosien y retourne forcément, animé par le désir de faire mieux, et de sublimer la beauté de la nature. 

 

« Je reconnais les cerfs »

 

Immobile, couché sous les fougères ou assis derrière un arbre, il attend patiemment que la chance lui sourit et que les bois d’un cerf apparaissent derrière la végétation. Le résultat n’en est que plus beau, et les productions du photographe sont d’ailleurs plébiscitées par plus de 4300 abonnés sur Instagram

 

Surtout, Florian Lalièvre a acquis de nombreuses connaissances au sujet de l’animal. Il sait où peuvent se situer les places de brame par rapport aux lieux de vie des cerfs : « C’est l’endroit où se rendent les cerfs lorsqu’ils sont en rut » précise-t-il. Il sait aussi reconnaître les cerfs d’une année à l’autre, ce qui lui permet d’assurer un suivi de l’espèce sur différentes parcelles du massif forestier. 

 

Méticuleux, discret et consciencieux, Florian Lalièvre semble apprécier une forme de solitude nichée sous l’épaisse verdure de la Gascogne. Au travers d’un simple cliché, il raconte une histoire, une rencontre et parvient à captiver son public, par la beauté de son talent.