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Pour la reconstitution d’un attentat, un TGV explosait en 1985 à Lugos

Par Corentin Barsacq

Un lourd dispositif fut installé ce jour-là. /Capture d'écran Archives Sud-Ouest
Un lourd dispositif fut installé ce jour-là. /Capture d'écran Archives Sud-Ouest

Afin de faire la lumière sur un attentat qui avait couté la vie à trois personnes en 1983 en France, Lugos avait été le théâtre d’une reconstitution judiciaire inédite en France. Un TGV avait en effet explosé pour les besoins de l’enquête en mai 1985. 

 

Ce fut une explosion parmi d’autres au centre d’essais scientifiques et techniques (CESTA) discrètement installé à travers les pins de Lugos. Peut-être plus bruyante que la norme sans doute, mais la zone fut aménagée pour cela. Quoi qu’il en soit, en ce mercredi 15 mai 1985, peu d’habitants ou presque avait prêté attention à cette détonation lointaine, survenue aux alentours de midi. 

 

Et pourtant, sur les 960 hectares appartenant au Commissariat à l’énergie atomique, toute l’attention était portée sur cette explosion. Car dans cet éclatement soudain résidait la clé d’un mystère essentiel à percer, afin de mieux comprendre les circonstances d’un terrible attentat survenue le 31 décembre 1983, dans le TGV reliant Paris à Marseille. 

 

Cette dramatique attaque avait fait trois morts, à la veille de la nouvelle année alors même que le train traversait la commune de Tain-L’Ermitage, dans la Drôme. Les faits seront attribués bien plus tard à Ilich Ramirez Sanchez, alias "Carlos", terroriste vénézuélien qui fut condamné bien plus tard à la perpétuité pour cet attentat ainsi que trois autres commis en France au cours de cette même période. 

 

Une première à Lugos, mais aussi en France

 

Dans la lande girondine, la reconstitution de cette explosion devait permettre aux enquêteurs de savoir si l’objectif des terroristes étaient bel et bien de faire dérailler le train en provenance de Paris. Et au-delà même du lourd dispositif nécessaire pour mettre sur pied une telle opération, ce fut une reconstitution inédite au cours d’une instruction judiciaire.

 

Comme le relatait le journal Sud-Ouest au lendemain de l’évènement, les enquêteurs avaient disposé deux blocs de béton armé de la même longueur qu’une voiture de TGV, et sur lesquels étaient installés des sièges. Devant l’imposante installation, le boggie de l’attentat (chariot situé sous le véhicule ferroviaire) témoignait encore de la violence inouïe des faits passés : « Il s’agissait de reconstituer au millimètre l’explosion de 1983, ce qui avait été fait précédemment sur maquettes » expliquait le journal. 

 

A 12h07 précisément, tous les acteurs de cette affaire – hormis les auteurs de l’attentat introuvables au moment de la reconstitution – s’étaient donc rassemblés dans un bunker situé à 800m en amont de l’explosion afin d’observer la scène filmée par des caméras. La reconstitution aura permis d’établir que les auteurs de l’attentat était des professionnels « qui comptaient atteindre la France à travers sa technologie avancée, en l’occurrence ici, la fameux TGV » déclarera Jean-Pierre Valensi, juge d’instruction qui s’était déplacé à Lugos pour l’occasion.