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Dans une campagne incisive, les candidats abattent leurs dernières cartes

Par Corentin Barsacq

Le maire sortant Luc Dervillé est en ballotage défavorable tandis que son rival Bruno Bureau peut confirmer son bon résultat du premier tour. Jean-Dany Garnung a quant à lui refusé une alliance avec l’édile Sallois. 

Les Municipales 2020 à Salles, on pourrait en écrire un livre tant les péripéties sont nombreuses. Ou plutôt continuer un ouvrage qui ne s’est jamais véritablement refermé. Un roman noir où les premières lignes s’écrivaient en 2014 lorsque le candidat Luc Dervillé parvenait à évincer, en deux temps, Vincent Nuchy et son équipe, cristallisant ainsi les tensions entre l’équipe majoritaire et l’opposition. Ce premier chapitre d’une histoire sans fin laissait présager un mandat animé de divergences politiques entre Luc Dervillé et le groupe « Salles autrement » mais par un divorce médiatique entre l’édile et l’élu Jean-Dany Garnung, qui claquait la porte du groupe majoritaire en début d’année 2019. Un an plus tard, les trois hommes cités s’affrontaient dans les urnes. 

Résultat du premier tour à Salles.
Résultat du premier tour à Salles.

« Le maire sortant avec 17 points de retard ne peut plus prétendre à conserver sa fonction. » La formule émane du candidat Jean-Dany Garnung, placé troisième des votes avec 18% des voix au premier tour. Un score en deçà de ce qu’il espérait certes, mais qui venait boucler « une campagne réussie » pour le candidat dissident. Le 15 mars dernier, à l’école primaire rive gauche, le scrutin en avait surpris plus d’un, y compris Bruno Bureau, largement en tête : « C’est assez inattendu. Une belle surprise même car on avait envisagé le scénario que le maire sortant passait au premier tour. » Un scénario qui restera dans les bobines puisque Luc Dervillé essuyait un revers en obtenant 32,73% des votes.

 

En ballotage défavorable, le maire sortant confiait ne pas avoir été favorable à la tenue de ce premier tour : « Je n’étais pas tout à fait d’accord. Je suis un hospitalier et les mesures de confinement s’imposaient à tous. » Au lendemain de l’élection, Bruno Bureau faisait part de sa fierté à La Dépêche du Bassin : « On ne va pas cacher notre joie. Même s’il s’agit d’une élection hors normes, je reste persuadé que les électeurs ne se déjugent pas. » Du côté de Luc Dervillé, le maire avait stoppé sa campagne quelques heures avant l’annonce du report de l’échéance politique : « On aurait mieux fait de repousser les élections comme les Anglais l’ont fait. J’ai décidé d’arrêter la campagne sans me retirer. » Futur conseiller d’opposition, Jean-Dany Garnung annonçait dès le lendemain maintenir sa liste au second tour pour avoir « une assise plus importante à la mairie. » 


Une tentative d’alliance utopique 


Trois mois plus tard, l’élu communautaire a tenu parole. Dans deux communiqués publiés respectivement par Luc Dervillé et Jean-Dany Garnung au début du mois, on apprenait qu’une alliance avait été envisagée entre les listes « Salles pour tous » et « Salles Naturellement » alors même que l’antagonisme entre les deux chefs de file avait fait couler beaucoup d’encre ces derniers mois.  Envisagé en tout cas du côté de Luc Dervillé qui ne s’en cache pas après avoir « appelé au rassemblement. » Le maire, second au suffrage indiquait avoir reçu Jean-Dany Garnung entre les deux tours. Force est de constater que son opposant n’a pas été réceptif à la proposition : « Qu’a-t-il à gagner ? Pourquoi sacrifier ses colistiers et les Sallois ? » s’interroge Luc Dervillé, se présentant comme « la seule solution sérieuse face au groupe ultra gauche minoritaire » en la personne de Bruno Bureau, en tête au premier tour.

 

« Assoiffé et avide de pouvoir »

 

Dans son communiqué Jean-Dany Garnung admet avoir rencontré Luc Dervillé : « Je suis un homme de dialogue qui sait écouter, j’ai donc répondu favorablement à cette invitation pour entendre les arguments avancés. » Mais ils n’ont pas fait mouche pour le candidat qui déclare n’avoir pas envisagé le rapprochement des deux listes. L’ancien élu de la majorité a d’ailleurs rendu public les modalités envisagées par Luc Dervillé, à savoir l’éviction de son actuel DGS sur lequel les deux candidats s’étaient écharpés, et le sacrifice d’une partie des colistiers de « Salles pour tous » : « J’ai du mal à croire qu’un homme puisse être autant assoiffé et avide de pouvoir pour trahir la confiance de ses colistiers » déclare le candidat arrivé en troisième position. Bien décidé à aller au bout de son combat politique, l’élu réclame exemplarité et sincérité auprès de l’électorat : « Plus de 500 Sallois ça compte. Oui effectivement c’est le plus petit score du premier tour, mais il compte » commentait le candidat dans un communiqué publié par le biais de Salles Naturellement. 

 

« Seule solution sérieuse face à l’ultra gauche » 

 

Dans sa déclaration de candidature, Luc Dervillé n’œuvre pas dans la dentelle. Tout en se présentant comme « la seule solution sérieuse face au groupe ultra gauche » incarné par la liste de Bruno Bureau, l’édile en mauvaise posture avec 32,73% des suffrages déclare « être resté un maire à la recherche permanente de l’efficacité durant le confinement. » Et dans une vidéo publiée sur son compte de campagne, le candidat attaque ses opposants : « Comme d’habitude, nos adversaires papillonnent et parlent beaucoup sur les réseaux sociaux. » 

 

Une plainte pour dénonciation calomnieuse

 

En tête de suffrages, Bruno Bureau et sa liste veulent incarner le changement et sont visiblement prêts au combat. Le candidat d’Unis pour Salles a indiqué que de ses colistières déposerait une plainte pour dénonciation calomnieuse par une personne détentrice de l'autorité publique. En cause, ces écrits de la liste de Luc Dervillé : « Unis pour Salles aurait eu recours à l’aide d’un cabinet médical d’une commune voisine qui aurait utilisé le fichier de ses clients Sallois pour les appeler. » Une accusation que réfute totalement la principale intéressée et qui compte bien le prouver devant la justice. Une autre plainte pour diffamation a été déposée cette fois-ci par Bruno Bureau après la distribution d'un courrier par les équipes de "Salles pour tous" 


Mais où se cache donc le Rassemblement National ? 


Souvent pointé du doigt pour la présence d’encartés au Rassemblement National sur sa liste, Luc Dervillé s’interrogeait la semaine dernière : « L’ultra-gauche de M.Bureau et la liste de M. Garnung qui faisaient la chasse aux sorcières, auraient-ils menti aux Sallois ? » Une question acide au lendemain de la publication d’un communiqué d’Edwige Diaz, originaire de Salles et désormais déléguée départementale du Rassemblement National en Gironde. Au travers de ces quelques lignes publiées le 15 juin dernier, l’ancienne Salloise désormais élu d’opposition à Saint-Savin annonce « un impossible choix » entre Luc Dervillé, Jean-Dany Garnung et Bruno Bureau car « des électeurs, des sympathisants et des adhérents du Rassemblement National votent, soutiennent ou participent aux trois listes actuellement en concurrence. »

 

Une déclaration surprenante qui a donné du grain à moudre à la liste du maire sortant Luc Dervillé, affirmant la présence d’adhérents, militants ou sympathisants FN dans les trois listes, « même sur la liste de M. Bureau. » Pour le dernier cité, la lecture de ce communiqué diffère : « Je sais pertinemment que des sympathisants du RN votent pour nous. Mais il n’y en a aucun sur notre liste qui ne contient d’ailleurs que cinq personnes encartées chez les Verts ou au Parti Socialiste. Constat identique du côté de Jean-Dany Garnung: « Nous n’avons aucun extrême sur la liste « Salles naturellement. » S’il y’en avait eu, je l’aurais su. Nous sommes une liste apolitique et sans étiquette » martèle l’élu.


Vincent Nuchy sort du silence 


À défaut de prendre la parole, l’ancien maire Vincent Nuchy a repris sa plume visiblement bien aiguisée. Très discret dans le paysage politique sallois depuis 2014 et sa défaite contre Luc Dervillé, l’ancien maire n’a jamais véritablement disparu des débats malgré son mutisme. Souvent cité par la majorité afin d’enfoncer le clou, celui qui fut à la tête de la municipalité de 2001 à 2014 ne pouvait pas bayer aux corneilles : « Je suis toujours surpris à quel point mon fantôme hante l’esprit et, peut-être même, les nuits de Luc Dervillé » ironise-t-il avant de se lancer dans ce qu’il appelle la « chronique d’une défaite annoncée », publiée sur les réseaux sociaux par l’élu d’opposition Olivier Courrèges.

 

Crédit photo: Sud-Ouest/Bernadette Dubourg
Crédit photo: Sud-Ouest/Bernadette Dubourg

De but en blanc, Vincent Nuchy revient sur les élections tumultueuses de 2014, accuse son ancien adversaire d’avoir tiré profit du virus Covid-19 « comme du remède à sa survie politique. » Pour mieux cerner la philosophie de cette lettre, il suffit de lire les dernières lignes : « Le 28 juin prochain, faire œuvre de salubrité salloise, c’est chasser Luc Dervillé, maire par effraction. » Le dénouement est proche. Dans une atmosphère délétère, Bruno Bureau confirmera-t-il son score du premier tour ? Luc Dervillé sera-t-il désavoué une dernière fois par la population salloise ? Jean-Dany Garnung peut-il rattraper son retard et créer la surprise ? Le mystère demeure. Mais ce dimanche, les urnes éclairciront l’avenir politique de la commune. 

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