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L’étang du Bran, un pan de l’histoire locale menacé

Par Corentin Barsacq

Article publié dans La Dépêche du Bassin

À Lugos, il est un lieu paisible et bucolique témoignant du riche passé industriel de la commune. Au cœur de la forêt des Landes de Gascogne, l’étang du Bran est en sursis. 

« Il finira par se vider ! » Sur les bords de l’étang, un jeune couple originaire du coin n’est guère optimiste quant à l’avenir du Bran. Si le soleil est au rendez-vous, l’espoir de préserver ces paysages semble vain. Si le site semble abandonné, il n’en perd pas pour autant un certain charme. Long de 800 mètres et large d’environ 80 mètres, l’étang du Bran offre des paysages rares, alliant clairières et vestiges d’une époque révolue

Habitués des lieux malgré le statut privé du site, les deux marcheurs ont vu le site peu à peu tomber dans l’oubli au fil de leur jeunesse. Ce qu’ils craignent : « Qu’il se vide comme celui-là. » Le jeune homme pointe du doigt une zone marécageuse située à côté de l’étang. C’est ici que l’étang du Martinet avait pris ses droits et formait avec son voisin un lieu calme et singulier. Mais en 1997, le dispositif qui permettait la retenue de l’étang s’est rompu. Les digues artificielles ont alors cédé. Le lac du Martinet s’est vidé. 


Témoin des premières forges girondines 


Car c’est bien l’Homme qui a créé ces deux étangs à une époque où l’activité des forges débutait à peine. La naissance industrielle du lieu est estimée au début du XIXe siècle comme l’indique le recueil de l’Académie des Sciences de Bordeaux publié en 1849 : « La création de ces forges remonte à l’année 1803. Elles furent, avec les forges de Béliet, situées dans la partie supérieure de la même vallée, les premières que l’on construisit dans le département. » 

Une richesse d’une grande valeur à l’époque initiée par M.Lescure, maire du village de 1820 à 1870 et qui dirigera également la forge de La Mole ( renommée plus tard Le Martinet.) Les forges de Lugos seront équipées d’un haut-fourneau, de quatre feux d’affineries et de deux cubilots, ces fours verticaux permettant la fusion du métal. Une industrie de taille donc, qui permettra d’employer jusqu’à une soixantaine d’ouvriers d’après Charles Bouchet, auteur de l’ouvrage « Lugos : Commune des Landes de Gascogne, deux siècles d'évolution économique et social. »  


Une industrie mise à terre par les flammes


Durant les décennies qui suivront, c’est bien au Bran que les premiers foyers s’installent. Le maire Lescure fera construire des maisons aux abords de la forge pour accueillir la main d’œuvre. Mais en 1875, les fourneaux des Forges s’éteignent. Pour que le lieu persiste, les chutes du Bran et du Martinet seront équipées d’un système hydroélectrique conçu pour produire de l’électricité. Le courant est alors distribué dans tout le canton de Belin et les usines sont rachetées par Louis Salefran, notable industriel lugosien et exploitant forestier en 1924. Il y installera une scierie qui ne se relèvera pas de l’enfer des flammes. 

Entre 1943 et 1946, de nombreux incendies ravageaient les Landes de Gascogne.
Entre 1943 et 1946, de nombreux incendies ravageaient les Landes de Gascogne.

Le 21 juillet 1945, un incendie se déclare entre Lugos, Salles et Belin. Le bilan est dramatique. Deux soldats du feu de Belin perdent la vie, 10 700 hectares de pins seront détruits, dont plus de 3800 sur Lugos. Face à ce drame environnemental et économique, Lugos perd plus d’une centaine d’habitants en moins de cinq ans. La forêt lugosienne doit renaitre de ses cendres mais les travailleurs ne peuvent attendre. Fils de Louis, résistant puis maire pendant 18 ans, Jean-Paul Salefran décide de vendre l’affaire en 1949.


« La fin de la belle épopée industrielle »


 Malgré une reprise du site, l’arrêt de l’usine scellera la fin de la belle épopée industrielle du Bran dont les ateliers seront définitivement fermés dans les années 60. À ses côtés, un restaurant installé non loin du ruisseau mettra également la clé sous la porte. L’air de guinguette le long du ruisseau du Bran laissera sa place à une vallée désormais silencieuse. De cette époque, le corps du bâtiment de l’usine et les vestiges des "cabanasses", ces lieux de résidence des ouvriers, sont les derniers signes d’un glorieux passé. Les derniers témoins d’une époque décimée. Les dernières richesses de ce patrimoine délaissé. 

Les bâtiments peinent à rester debout.
Les bâtiments peinent à rester debout.

Enclavé dans écrin de pins maritimes, l’étang du Bran voit peu à peu ses digues se fragiliser. La Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement (DREAL) de la Nouvelle-Aquitaine s’était penchée sur le cas. Dans sa fiche de classement, elle souligne qu’une « dégradation progressive du site et le manque d’entretien des ouvrages devient problématique. La digue risque à son tour de céder, compromettant définitivement l’existence même du site. » 


Des rachats de l’étang avortés 


Pour pallier à cette problématique, différentes options avaient été envisagées mais n’ont jamais donné suite. La mise en place d’un plan de gestion et d’entretien n’a pas été réalisée faute d’accord avec le propriétaire du lieu. L’ancien Conseil Général de la Gironde envisageait alors l’acquisition du site mais l’opération n’avait pas aboutie. Enfin, le Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne souhaitait redonner vie à l’étang mais là encore, les négociations étaient restées ternes. Une paralysie toxique pour un lieu qui se meurt à petit feu. Dans son rapport, la DREAL avertissait de l’urgence de réactiver le projet d’acquisition du site afin de garantir sa sauvegarde. Pour l’heure, la situation est au point mort. 

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