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Frédéric Casagrande, l’enfant du pays devenu homme d’un club

Par Corentin Barsacq


À l’occasion du dernier match de la saison le 26 mai prochain, l’entraineur Frédéric Casagrande quittera la maison du FCBB après un ultime adieu à Mano. Il prendra la direction des Landes pour intégrer un club qu’il connait bien, le Biscarosse Olympique. Plus qu’un simple entraineur, il est un couteau suisse qui a consolidé les bases de la maison du FCBB. Retour sur un parcours brillant

12 mai. Hagetmau, fin du match. Les belinétois s’imposent dans les Landes 2-1 et obtiennent le maintien en R3. Le tandem Dupy-Casagrande est une nouvelle fois à la hauteur des objectifs fixés par le club. Dans le vestiaire, le chant est glorieux, repris en chœur. L’un des derniers pour Frédéric Casagrande. Le soir de ce maintien historique, il annonce son départ. Sobrement, fièrement, avec le sentiment du devoir accompli. Le point d’orgue d’un investissement de chaque instant qui vient couronner un parcours sans faille au FC Belin-Béliet. 

Un surdoué du ballon

« Casa » est entré sur la pelouse en 1969. Avec son frère Thierry, il tape ses premiers ballons au sein de sa maison à Salles. Son père René est un footballeur confirmé. À Facture-Biganos, il a fait partie de la grande génération qui dominait le secteur. Après une carrière bien remplie, il intègre l’encadrement de l’école de foot de Béliet. Avec lui, des noms qui ont marqué le club : Roger Grimmer, Serge Daugé. Naturellement, son gamin le suit et débute le football en 1976. Sur le pré, le jeune a des facilités. Rapide, adroit, il impressionne. À ses côtés, une génération de qualité qui n’aura pas franchement percé dans le football mais qu’importe : Patrick Harriet, Santiago Martin, Patrice Cazaux, Bruno Lesbats, Christophe Barsacq et d’autres sont un bon cru. Mais Frédéric Casagrande est d’une autre envergure. Il ne joue pas, il excelle.

L'épopée girondine

En minimes, âgé a peine de 12 ans, il écrit le début de son histoire. Lors d’un tournoi, Belin-Béliet est opposé à l’élite de la région, les Girondins de Bordeaux. David contre Goliath. Casa plante cinq buts. La victoire est verte. L’entraineur girondins n’apprécie pas. La saison d’après, le voilà au centre de formation des Girondins de Bordeaux. Il côtoie les plus grands : Lizarazu, Gnako, Gimenez. À 19 ans, il joue en National et fait son chemin dans le haut niveau. L’histoire devait être belle, mais le football est parfois cruel. Demi-finale de coupe Gambardella : les bordelais sont opposés au Paris Saint Germain. Casagrande est sur la feuille de match mais son caractère le rattrape. Bavard, teigneux, grande gueule, il est expulsé sous les yeux de Gernot Rhor, entraineur des Girondins de Bordeaux après quelques paroles envers le corps arbitral. Il s’en suivra une pubalgie qui le condamnera à s’éloigner des terrains. 

Une carrière glorieuse

Non conservé aux Girondins, il n’est pourtant pas rebuté du cuir. Il part en direction des Landes, à Biscarosse, pour faire les beaux jours du club. Pendant 20 ans, il est un joueur phare. Sa réputation est faite : « Son côté râleur sur le terrain était connu dans toute la ligue d’Aquitaine » reconnait Christophe Barsacq. À ses grandes heures, il portera le club en DH avec des joueurs reconnu régionalement à l’image de Yves Addéo, ex joueur de Ligue 2. Au service des sports de la ville de Biscarosse, il consacre son temps à apprendre la pratique aux gamins landais. Puis vient le moment de retrouver la Leyre. En 2001, il revient au club en tant qu’entraineur-joueur de l’équipe fanion. 

Article de Sud-Ouest publié en 2002
Article de Sud-Ouest publié en 2002

À l’époque, le club est dans les méandres du district. Il peine à se maintenir en première division. Casa apportera sa patte mais ne peut éviter le départ de la présidence de Christophe Barsacq, son ami. En 2005, un soir de réunion, le président du FCBB annonce son intention de quitter le club. Autour de la table, personne ne veut prendre le relais. « Christophe m’a pointé du doigt et a dit devant tout le monde : « Ce sera toi le président ». Pendant une saison, Frédéric Casagrande aura les casquettes de président, entraineur et joueur. Rien que ça. Après un championnat compliqué, il quitte le club et revient à Biscarosse. 

Un deuxième retour au pays

Après le départ bien mérité du président Victor Lopez en 2010, Christophe Barsacq reprend les fonctions pour ne plus jamais les quitter. Depuis la pelouse de Raoul Triscos, Frédéric Casagrande ne cesse de complimenter son pote de classe. Du souvenir du jeune « responsable de communication du club » de l’époque, le président Barsacq ne cessait de demander à envoyer un message à Casa afin de prendre des nouvelles. « Salut, mon père te félicite d’être toujours titulaire en C à ton âge. En plus, il est sûr que tu as marqué ». Réponse de l’intéressé : « Il a raison, même si en face les défenseurs étaient des arbres ». En 2011, les deux acolytes se retrouvent. Afin de structurer l’école de foot, Casa devient RTJ du club tout en multipliant ses fonctions. 

Dupy-Casa, le tandem qui a fait briller le club

En 2015, alors que la montée s’éloigne de plus en plus, Casa endosse le rôle de sauveteur en prenant les rênes de l’équipe première en fin de saison. En 2017, après une saison maitrisée de bout en bout et une montée historique en Régional 4, Jérome Dupy souhaite être épaulé à la tête de l’équipe première. C’est évidemment Casa qui vient se greffer au groupe. Le tandem est parfait. Épaulé par Jean-Jacques Plantey et Patrick Regouffre, le duo d’entraineurs impose un style et une façon de faire qui fait mouche : « Casa s’occupait des échauffements d’avant-match. C’est lui qui sentait les joueurs dans l’approche de la rencontre » précise Jérome Dupy. 

Après une montée en R3 et un maintien acquis au terme d’une saison pleine, Casa a choisi de partir par la grande porte. Malgré une pointe de tristesse, le président lui souhaite le meilleur : « Personnellement ça m’affecte parce qu’on a passé 43 ans ensemble, et je suis persuadé que si ça n’avait pas été en lien avec sa carrière professionnel à Biscarosse, il serait resté parmi nous. Un grand merci pour son investissement tout au long ses années qui a permis au club de se structurer au niveau sportif »

Casa, c'était lui

Une page se tourne désormais. Suzon ne verra plus son homme au sac Duarig. Par temps de pluie, les joueurs ne pourront plus moquer « un ensemble kway kaki style année 70 absolument dégueulasse » pour reprendre les termes de Jérome Dupy, que le coach revêtait à chaque entrainement pluvieux. Casa c’était l’homme calme, drôle. À l’instar du joueur acrimonieux qu’il était, il n’a jamais perdu son caractère. En guise d’exemple, un message bien salé envoyé à un jeune correspondant de presse, qui dans la panique du bouclage, ne l’avait pas mentionné dans un article de presse relatant une importante victoire face à Facture-Biganos.

 

Casa est comme ça. « Bordélique administrativement » mais « fidèle en amitié et loyal » pour Christophe Barsacq. Indispensable pour un club, il aura marqué le FCBB par son abnégation et son amour envers le lion vert qui siège au cœur des joueurs. Les lignes sont remplies, le portrait flatteur à l’image de son engagement. Ciao Grande Casa ! 

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